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Le sonnet au faucon

2 Avr

Faucon

L’homme à tête de faucon debout dans la nuit

M’a tendu une lettre illisible, cryptée

J’étais, je crois, encore à moitié endormie,

Le rêve avait l’aspect de la réalité.

 

Stupéfiée, j’ai sursauté, happée par la peur

J’ai voulu toucher le fantôme pour le faire fuir

Sous ma paume j’ai senti son plumage frémir

Et j’ai cru reconnaître l’oiseau guérisseur.

 

Lui! C’était lui! Le Horus du temple d’Edfou,

Le dieu mystérieux venu d’un lointain passé

Me rappeler que tout est déjà décidé.

 

Il signifiait que l’Ancien Monde sera dissous

Que le rayon d’or d’Égypte baigne la Terre

D’où surgira un Nouveau Monde de lumière

 

                                         Montréal 1991-2012

 

 

Fakirs en rouge

23 Mar

Marelle

Le printemps québécois est dans nos murs

une reine de carré rouge

s’avance dans le Nouveau Monde 

en cotte de maille et de dentelle

 

Elle marche à travers le temps

sur les trottoirs ensoleillés

d’une ville du Nord

sous un ciel sans nuages

errante tatouée

aux portes de la ville souterraine

manitou autochtone

au visage de cuir tanné

cheveux au vent

les oreilles bourdonnantes

de la musique du monde

dans un jour de lumière aux odeurs de fast food

survivante, les yeux pleins d’eau

dans une ville-marie hallucinée

windigos chiens d’or 

carcajous des ruelles

chats sauvages des parkings

 

Elle marche à l’amour

dans une volée de cloches

et le bip-bip des trucks de recyclage

s’arrête à un coin de rue

et chante bilinguale

 

Troubadoure d’armoure tremblante

Je chante

Une viole d’amour dans les bras

 

Un passant met une pièce

dans la main de l’aveugle

Montréale chante et tu l’entends, poète

Tu l’entends

listen to the pitch of her step

 

Un sans-abri titube

et marmonne son écholalie

sous le porche de la Grande Bibliothèque

 

ils sont deux traders courtiers

experts en communication

dans une Samarcande multinationale

à trafiquer un chargement de sens

l’un fait de la com

en composant un tweet sur son cell

l’autre c’est toi, poète,

toi qui te tiens à la frontière

Speak white!

Avide de sons

un fleuve noir d’orgone dans tes yeux de faune

tu fais passer deux mondes l’un dans l’autre

tu écoutes le cri de la Bête

les rugissements de la faim

de la soif du besoin

mantras des étudiants

acrobates du métro

fakirs urbains cracheurs de feu

 

Libérées de leurs illusions

des filles aux cheveux rouges

se retrouvent dans un terrain vague

pour organiser la manifestation

puis elles occupent Montréal

lionnes solaires en mouvement

des lamentations de cour des miracles

montent du ventre de la ville

caravansérail de puanteurs d’essence

sirènes d’ambulance gyrophares

violence des logos

signatures occultes

sur des blocs de béton

la ville change de couleur

 

Ton corps le sait poète ton corps le sait

tu sens le souffle des gorgones

sur ta nuque

chimères astrales au bord du gouffre

de ta gorge

Soudain deux ballerines

en tutus rouges vont allègres

bras dessus bras dessous

dans le miracle de la beauté

comme dans une boîte à musique

en un tour de passe-passe

tu franchis la passerelle qui mène à elles

et tu souris poète ravi

 

Vêtu de peaux de bêtes

un vieil homme inspiré

semble sortir tout droit

d’une forêt profonde

chamane traquant les courants telluriques

du centre-ville

illuminé de l’intérieur

il fend la foule du métro

on dirait qu’il sait quelque chose

qu’on lui aurait révélé en haut lieu 

sous le sceau du secret le plus absolu.

 

Tu marches vers la montagne

la sève du printemps tu l’entends dans les arbres

et dans les rires

un punk à la crête ondoyante

fume sur le trottoir

la cavalcade des Messagères du Temps

se déchaîne sur son visage

scarifié de piercings

vos regards se croisent 

De grands draps de lumière boréale

flottent sur la ville rouge

tu te loves poète

dans une délicate opération

tu synthonises

tu balances le son

ton corps le sait poète ton corps le sait

 

La rumeur qui monte de Montréal tourne

sept fois dans ta bouche poète

et tu te tais hiératique de vérité

nous entrons dans le fleuve mère

alertés par le nuage de smog

 

Montr
éale ville sauvage bilinguale

chante sa glossolalie

et tu l’entends poète tu l’entends 

 

Troubadoure d’armoure tremblante

Je chante

Une viole d’amour dans les bras

 

 

*Variante du 21 mars 2012

de «Fakirs urbains» L’armoure 

Écrits des Forges/Le Temps des Cerises

Montréal et Pantin (France), 2009, 83p.

 

Lue à l’édifice Gaston-Miron

du Conseil des arts de Montréal

dans le cadre de la lecture

21 poètes pour le 21e siècle

organisée par Claude Beausoleil

Poète de la Cité


 

Les oranges sanguines

12 Fév

Les oranges sanguines

me rappellent l’Italie

cet homme dans le train

qui me montre les Alpes

à la tombée de la nuit

Locarno, le lac Majeur

Taormina un Vendredi Saint

Pompéi, j’avais 20 ans

devant la Villa des Mystères

San Cataldo

dans la mer ionienne

un jour de mai

Turin dans son écrin de montagnes

Bari avec des amis

le risotto divin

Urbino près de San Marino

on buvait beaucoup de Spumante

j’avais loué une machine à écrire électrique

c’était en des temps archéologiques

les oranges sanguines me rappellent l’Italie

 

Les rideaux blancs

11 Fév

Se réveiller, flotter

Écouter les yeux fermés

Le chant d’un oiseau tweetant l’aube

Se rendormir dans l’aura de l’autre

Naviguer dans des images

De maison sur la mer

Sentir le sucre de l’air

Voir les yeux fermés

Des falaises de lumière

Le vent soulever

Les rideaux blancs

Du temps

 

Les cercles magiques

5 Fév

Devant le rectangle noir

Du plein écran

Dans une bulle de temps

Striée de petits bruits

Avec la mémoire du ciel

Et de la neige

Imaginer les cercles magiques

Ouverts par un lapin bondissant

Dans ma carte du réel 

 

P1050369

 

 

Villes de voix

16 Déc

pour @lizstrauss

 

Nébuleuses de lumières 

Dans la nuit du mystère

Le poème prend forme

Quand les voix s’illuminent

Se croisant et de se recroisant

Feux de gyrophares

Dans les rues de Twittercity

Photos de 45 cathédrales d’Europe

Retweet d’un tweet en thai

Video de la BBC

Cadastre de mondes quadrillés

C’est l’heure de dîner aux Philippines

À Navi Mumbai quelqu’un va tenter sa chance

Un Chilien qui vit en Allemagne

Écrit qu’on est presque vendredi

Un ami poète avoue qu’il chante

Du Johnny Cash dans les karaokés

Dans sa #jeudiconfession

Villes de voix troublantes

Villes de voix dans la ville noire

Sous une pluie de haikus

Nappes de lumière

Solidarités instantanées

Codes secrets de nos gazouillis

Compagnons chercheurs

Du XXI ième siècle

 

Le palais des vents

14 Déc

Je te parle tout bas

D’une histoire en miroir

Dans le palais des vents

 

Je cours dans un temps

De possibles adjacents

J’ouvre une porte

Ouvrant sur d’autres portes

Donnant sur d’autres encore

 

Nous sommes toutes emmurées

Dans le marbre rose ajouré

Épiant vos regards troublants

De femmes en mouvement

 

Je te parle tout bas

D’une histoire en miroir

Dans le palais des vents

 

Vous êtes connectés

Un bluetooth dans l’oreille

À nos âmes oubliées

 

Je cours dans un temps

Qui flambe de lumière

Des échos lancinants 

Dévorent le fond sonore

Le scintillement du réel

N’est qu’une accélération

Du même inaltérable mystère

 

Je te parle tout bas

Du rythme lent

Du pas d’un éléphant

Franchissant le portail

De notre silence

 

Je te parle tout bas

Pour que ce soit clair 

Pour que ma voix s’ajuste

Au timbre de ce son

Qui est son du Soi

Ton po??me flotte dans le temps

1 Déc

Sur la dalle de l’Univers, une lettre répétée, voilà ce que je ne suis pas. 

                                                             Ghalib

 

Je lis dans tes pensées

Un ghazal dans ta langue

Tapis volant crypté de signes

Ton poème flotte dans le temps

Entre deux continents

 

Le brouillard se lève sur le Taj Mahal

Monument à la lumière

Sous une lune pleine

Dans ton ciel comme dans le mien

 

Il fait très froid dans le nord de l’Inde

Anormalement froid

À Montréal c’est le contraire

Le vent me caresse le visage

D’odeurs de terre et de conifère

Parfums d’un hiver sans neige

 

Je lis dans tes pensées

Et je te souffle le code

De glyphes moghols vus en rêve

 

Cri emmuré dans le marbre

De l’amour aveugle et du chagrin

Ton poème flotte dans le temps

Danseur

27 Nov

radieux

la peau presque bleue

tu danses avec la réalité

djinn rêveur aux pieds nus

tu accueilles le voyageur

avec une guirlande de roses

des plats épicés

et du thé sucré


volubile

magnétique

tu le mènes

dans la cité des tentes
très droit

fluide

maître soufi

 

silencieux tout à coup

le regard plein de larmes

tu veilles

au confort de ton hôte

pour qu’il se repose enfin

au bout du long

du très long chemin

dans la nuit indienne

 

je voyage dans ton amour

ô guide des égarés

dès le début je vacille

tes pieds peut-être 

tes pieds nus

ta voix peut-être

quand tu chantes

un poème en ourdou

tes avant-bras de faune

 

derviche tourneur du désir 

dans la roue du temps

les criquets nos silences

un soir d’hiver

sur le bord de la rivière Krishna

 

tes mains tes yeux

tes bénédictions

à l’aéroport à minuit

 

je voyage dans ton emprise

danseur

je voyage

légère