
sur cette photo
d’enfance en noir et blanc
je tiens dans mes mains
une image sainte offerte
on dirait un petit livre

sur cette photo
d’enfance en noir et blanc
je tiens dans mes mains
une image sainte offerte
on dirait un petit livre

à cheval miroir
sauvage cheval de bois
dans mon inconscient
je galope dans les sons
à rebours et droit devant

chevalet mystère
recouvert d’un grand drap noir
dans un monastère
l’apprentissage des mots
j’avais peut-être trois ans

sans elle jamais
je n’aurais pu réouvrir
le tombeau d’oubli
du très étrange réel
la honte la peur la rage

c’était ma grand-tante
une Clarisse cloîtrée
elle parlait tout bas
on ne pouvait pas la voir
mais sa voix me traversait

dans le mémoriel
livre d’heures du passé
la voix si aimante
d’une douce religieuse
sa subtile compassion

très haut dans le ciel
des outardes criardes
et soudain j’entends
la dissonance majeure
dans mon mantra intérieur

volumes et rythmes
se déclinent dans l’espace
fragile équilibre
entre les sons et les sens
délicate mécanique

marcher doucement
dans des sentiers mi-glacés
je me sens nomade
entre les ombres je vois
la lune des longues nuits

voir les mots surgir
et décrypter le poème
son chiffre secret
mais avancer à tâtons
on est en terrain miné