Un cri du coeur

2 Fév

Émilie Ricard

Le vacarme me réveille au milieu de la nuit.

Debout dans la fenêtre du salon, j’observe le chassé-croisé des souffleuses, des chenillettes et des camions à neige qui se déroule dans la rue en contrebas, ébranlant toute la maison.

J’aimerais sortir sur le balcon pour voir la lune bleue, mais il fait froid et j’ai sommeil.

Le lendemain à la télé, j’entends la jeune infirmière aux cheveux roses qui va peut-être faire tomber le gouvernement.

Ça valait bien la lune bleue.

Rayons bleus

22 Jan

Tempête

Quant au danger des rayons bleus, l’ophtalmologue avoue qu’il ne sait pas: la documentation n’est pas concluante. Dans le corridor qui mène à la sortie de l’hôpital, je croise un patient en chaise roulante qui se déplace à reculons en chantant à voix basse un Minuit chrétiens qui n’est plus de saison. Une tempête de neige vient de commencer: je fais les cent pas dans la poudrerie en attendant l’autobus Rosemont.

À l’arrêt du collège Jean-Eudes, un bel adolescent sans manteau attire mon attention: il n’est vêtu que d’un sweat shirt et ne porte ni tuque ni mitaines. Aussitôt assis, il enlève son sweat shirt et reste en t-shirt à manches courtes malgré les courants d’air. On peut lire Grupo de Capoeira en bleu sur le t-shirt blanc. Il sort de son sac à dos un exemplaire de bibliothèque du journal d’Anne Frank et plonge dans sa lecture.

En face de moi, une jeune femme à lunettes dans la vingtaine lit Harry Potter et la chambre des secrets. Entre le pratiquant d’art martial brésilien et la lectrice, une jeune femme aux cheveux bleus et mauves joue à un jeu vidéo sur son téléphone intelligent. En rentrant chez moi, je prends une photo de la tempête. Je ne sais toujours pas si je vais commander des verres de lecture qui protègent des rayons bleus des écrans. Il n’y a pas de traces de pas sur le trottoir enneigé.

Miron, un homme revenu d’en dehors du monde

13 Déc

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«Maintenant je sais nos êtres en détresse dans le siècle»

Le poète Gaston Miron disparaissait il y a déjà 21 ans, le 14 décembre 1996. Ce magnifique documentaire de Simon Beaulieu sur le site de Télé-Québec rend hommage non seulement à sa mémoire, mais à l’engagement qu’il nous a laissé en héritage.

Miron, un homme revenu d’en dehors du monde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Passons du réel au surréel! Venez me rencontrer au Salon du livre :)

11 Nov

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Lettre à Normand de Bellefeuille

10 Nov

Le poème est une maison désormais inhabitée_COUV_v3.inddCher Normand,
C’est de toute beauté! J’ai commencé à tweeter des extraits de Le poème est une maison désormais inhabitée, mais je veux tout de suite te dire à quel point ton catalogue affectueux trois m’a profondément touchée.

J’ai aimé la précision, la concision, les répétitions, le sous-sol réel, les italiques, les citations et les intertextes, le charbon et la suie, la préhistoire, Alice, les trois maisons, le mystère, le père, le nom improbable du chat blanc, le poème quoi.

une bibliothèque

de bois lavé

amassé aux marées basses

sous les étoiles mortes

de mille nuits noires

En tentant de réinventer en langue/le la mineur, tu nous translates en je ne sais quel ailleurs troublant et doux à la fois. L’enfant heureux penché sur ses vieux Cahiers Canada nous révèle un étonnant chiffrier de l’émotion auquel on n’est pas sûrs de croire, nous non plus, et c’est une bien paradoxale découverte.

Il te reste plein de livres encore à écrire (on l’espère, nous aussi) en langue rupestre/ avec des taches et des cornes/ des flancs séchés de vaches/ et des chevaux nains multicolores.

Ce temps zéro du poème tout comme l’étrange mélange/de beauté et d’effroi de ton dernier livre, est bien je pense celui de toutes [tes] larmes

Merci pour le bel objet de poésie, le secret coffret de sons:

mais les mots, j’oublie

me réfugie plutôt

dans quelques sons

ni plaintes

ni gémissements

que quelques notes

presque musicales

mais sur des octaves inventés

Ah! Quelle perspective étourdissante que ces octaves inventés!

Amitiés,

Yolande

Le poème est une maison désormais inhabitée de Normand de Bellefeuille, éditions du Noroît 2017, 119p.

http://www.dimedia.com/ft000170740–fiche.html

Lancement collectif des Écrits des Forges le jeudi 9 novembre de 5 à 7 

7 Nov

Je lirai quelques extraits de mon roman. Venez fêter avec nous!

4 Nov

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Lancement le 3 septembre à Val-David

20 Août

Affichette

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Le rose des temps, roman à paraître

4 Août

Com_Le rose des temps

Cyan

17 Avr

Cyan

Je marche dans l’hiver

De l’ancien village du Sault-au-Récollet

Bâti autour de l’église

Et de l’île de La Visitation

*

Le néophyte Ahuntsic

N’est n’est plus qu’une statue

Et le père Nicolas Viel le nom d’un parc

La Skawanoti est devenue la Black River

Puis la rivière des Prairies

*

Les Hurons campaient plus à l’est

Avant les premiers rapides

Quelqu’un a trouvé des artefacts

En creusant pour construire

*

Près de la rue du Pont

La couleur cyan d’un vieux mur de bois chaulé

M’arrête à chaque fois

On dirait une grange

Affleurant de l’enfance

Du passé de Montréal

Comme du mien

*

Je marche dans la poudrerie

Il reste quelques vieilles maisons

Et des échos de chansons

Qui tournent dans la tête

Et se suspendent

Devant ce mur chaulé

Couleur cyan

*

Sur ce mur j’imagine se rassembler

Des parties de moi oubliées dans le temps

Comme les chevaux de profil

Peints en ocre et terre brûlée

Au grand galop

Sur les parois des grottes de la préhistoire

*

Nous sommes innombrables

Et elles sont nombreuses

Celles dont je me rappelle

*

La petite fille de cinq ans

Arrivée de la campagne

En robe du dimanche près de l’étang

*

La communiante de sept ans

Pleine de ferveur mystique

Une chaude journée d’été

Dans la fraîcheur agréable de la vieille église

*

L’adolescente de treize ans

Le jeudi de l’Ascension

Lisait Rimbaud au soleil sur le bord de l’eau

*

À quinze ans, elle écrivait des poèmes sombres

Inspirés par l’eau noire et tumultueuse

Du ruisseau des Moulins

Un jour de tempête de neige

*

Et l’automne suivant

La jeune fille de seize ans

Embrassait un garçon du collège

Sous le saule-pleureur

Qui se trouve encore là

*

Je est un autre disait le poète

Et elle savait que c’était vrai

Qu’une part d’elle

Manquait encore

Perdue

Dans l’univers

*

Qu’elle la verrait peut-être un jour

Sur ce vieux mur bleu-vert

Revenir de son exil cyan

Pour se mêler à elle

*

Éternelle

Petite fille à l’échelle de ce printemps

Qu’on n’arrête pas

Et qui finira bien par arriver

*

À paraître dans la revue Lèvres urbaines #49, au Festival de la Poésie de Montréal 2017