Dans le monde inversé de l’eau

10 Juin

Rivière du Nord, 9 août 2018 (grand format)

LIMINAIRE

Ils viennent peut-être du futur de l’anthropocène

l’eau est assez rare pour qu’ils soient fascinés par cette rivière

nous ne sommes, nous, qu’au début de la sixième extinction

il fait déjà trop chaud pour la mi-septembre

cette année-là, il n’y aura pas d’été des Indiens

la rivière, étroite et sinueuse, se perd dans les hautes herbes

le niveau d’eau est bas

quand elle coule sur les roches qui affleurent

la rivière chantonne

c’est ce murmure de l’eau qui les a d’abord attirés

le son est rare dans le désert qu’ils traversent

ils sont trois peut-être, montés sur des chevaux

ils se sont arrêtés devant ce mirage

et je les vois, moi, dans le monde inversé de l’eau

Dans le monde inversé de l’eau (4)

25 Avr

En marchant dans le parc

une dame m’est apparue

dans l’asphalte mouillé d’un sentier

juste avant qu’il ne bifurque

elle avait le coeur en nuages

égratigné de branches

dans un rêve cette nuit-là

j’ai reçu dans l’œil droit

une branche de cette flaque

et j’ai vu mon double et moi

des fées jumelles, libellules humaines

nous conversions gaiement

comme des écolières

Un voyage dans le temps

27 Fév

 

Mes amis poètes et moi avions 30 ans au moment de la Nuit de la Poésie du 28 mars 1980. Nos lectures avaient été reléguées aux petites heures du matin: la salle s’était vidée et on nous avait dit qu’il ne restait plus de pellicule.

Coup de théâtre, 39 ans plus tard, Jean-Pierre Masse nous apprend que le cinéastes ont retrouvé des images à partir desquelles Jean-Claude Labrecque et lui-même ont réalisé une nouvelle version et nous invitaient à la première de leur «Chronique de la Nuit de la Poésie 1980» dans le cadre des Rendez-vous de Cinéma Québec 2019.

J’ai filmé avec mon téléphone ma courte lecture de « Wonder Woman » à partir du DVD qu’on nous a remis à l’issue de la projection et que j’ai fait jouer sur un vieux MacBook encore muni d’un lecteur.

 

Dans le monde inversé de l’eau (3)

15 Fév

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Le kayak glisse sur l’eau du lac
traverse des nuages
pénètre le reflet du mont Kaikoop
masse silencieuse
puissance de pierre
bruissement d’arbres

et soudain les plumes noires
striées de blanc
d’un huard
il s’avance à mon rythme
sur le miroir de l’eau
me guide vers les profondeurs
de la montagne liquide
qui s’ouvre sous le coup de pagaie
tremblante, émue
troublée, secrète

Une précieuse ressource naturelle

2 Fév

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Il est encore tôt le matin. La jeune employée à lunettes rentre chez elle. Elle m’envoie la main de loin et continue à chanter d’une jolie voix en traversant la salle déserte. Sa joie de vivre est palpable. La joie de vivre cubaine est une précieuse ressource naturelle de cette île mystérieuse.

Dans le monde inversé de l’eau (2)

20 Jan

LA LUNE DU LOUP

 

Une nuit d’hiver

réveillée par une bourrasque

j’écoute la maison craquer

le souffle du dormeur

le bruit d’un chasse-neige au loin

bien au chaud

je respire l’air polaire

et je me laisse bercer

par le hurlement du loup

à la lisière des rêves

Dans le monde inversé de l’eau (1)

13 Jan

Ils viennent peut-être du futur de l’anthropocène

l’eau est assez rare pour qu’ils soient fascinés par cette rivière

nous ne sommes, nous, qu’au début de cette 6e extinction

il fait déjà trop chaud pour la mi-septembre

cette année-là, il n’y aura pas d’été des Indiens

la rivière,étroite et sinueuse, se perd dans les hautes herbes

le niveau d’eau est bas

quand elle coule sur les roches qui affleurent

la rivière chantonne

c’est ce murmure de l’eau qui les a d’abord attirés

le son est rare dans le désert qu’ils traversent

ils sont trois peut-être, montés sur des dromadaires

ils se sont arrêtés devant ce mirage

et je les vois, moi, dans le monde inversé de l’eau

Casse-Noisette

23 Déc

Pendant toute la première partie du ballet « Casse-Noisette », ma petite-nièce s’asseoit sur mes genoux pour mieux voir. Elle n’a pas encore cinq ans et elle a beau être grande, la jeune fille de la rangée d’en avant lui obstrue la vue, l’empêchant de se concentrer sur tout ce qui se passe sur la scène où les enfants ouvrent leurs cadeaux devant un immense sapin qui vient d’apparaître.

Son petit corps se crispe contre moi quand l’oncle Drosselmeyer surgit dans sa grande cape mauve, je ris de la voir se boucher les oreilles quand la musique de Tchaïkovsky se fait trop enlevante, je la sens frémir de joie quand de petites souris à peine plus âgées qu’elle bondissent dans le décor.

Pour célébrer le solstice

21 Déc

Photo via @STONEHENGE

Dans le rêve, je croise la chamane dans la bouche du métro. Elle est en costume: porte ses mocassins, un vêtement cérémoniel, des peaux, des plumes, son tambour d’une main, son hochet de l’autre. Je me rends dans un festival. Elle en arrive. Ils étaient plusieurs à l’aube, pour célébrer le solstice.

L’arbre

19 Déc

Je me lève au coeur de la nuit, alertée par quelque chose d’impalpable qui altère la texture de l’espace. C’est l’arbre. Silhouette noire et massive dans l’angle du salon, le sapin Fraser a déployé ses branches gelées. C’est encore un être sauvage chargé d’un parfum de forêt. Je m’approche doucement, attentive, main levée pour caresser le silence qui émane de l’arbre. Je me rendors sans avoir réussi à décrypter son secret.

Sur la photo prise ce matin, il garde tout son mystère.