Fakirs en rouge

23 Mar

Marelle

Le printemps québécois est dans nos murs

une reine de carré rouge

s’avance dans le Nouveau Monde 

en cotte de maille et de dentelle

 

Elle marche à travers le temps

sur les trottoirs ensoleillés

d’une ville du Nord

sous un ciel sans nuages

errante tatouée

aux portes de la ville souterraine

manitou autochtone

au visage de cuir tanné

cheveux au vent

les oreilles bourdonnantes

de la musique du monde

dans un jour de lumière aux odeurs de fast food

survivante, les yeux pleins d’eau

dans une ville-marie hallucinée

windigos chiens d’or 

carcajous des ruelles

chats sauvages des parkings

 

Elle marche à l’amour

dans une volée de cloches

et le bip-bip des trucks de recyclage

s’arrête à un coin de rue

et chante bilinguale

 

Troubadoure d’armoure tremblante

Je chante

Une viole d’amour dans les bras

 

Un passant met une pièce

dans la main de l’aveugle

Montréale chante et tu l’entends, poète

Tu l’entends

listen to the pitch of her step

 

Un sans-abri titube

et marmonne son écholalie

sous le porche de la Grande Bibliothèque

 

ils sont deux traders courtiers

experts en communication

dans une Samarcande multinationale

à trafiquer un chargement de sens

l’un fait de la com

en composant un tweet sur son cell

l’autre c’est toi, poète,

toi qui te tiens à la frontière

Speak white!

Avide de sons

un fleuve noir d’orgone dans tes yeux de faune

tu fais passer deux mondes l’un dans l’autre

tu écoutes le cri de la Bête

les rugissements de la faim

de la soif du besoin

mantras des étudiants

acrobates du métro

fakirs urbains cracheurs de feu

 

Libérées de leurs illusions

des filles aux cheveux rouges

se retrouvent dans un terrain vague

pour organiser la manifestation

puis elles occupent Montréal

lionnes solaires en mouvement

des lamentations de cour des miracles

montent du ventre de la ville

caravansérail de puanteurs d’essence

sirènes d’ambulance gyrophares

violence des logos

signatures occultes

sur des blocs de béton

la ville change de couleur

 

Ton corps le sait poète ton corps le sait

tu sens le souffle des gorgones

sur ta nuque

chimères astrales au bord du gouffre

de ta gorge

Soudain deux ballerines

en tutus rouges vont allègres

bras dessus bras dessous

dans le miracle de la beauté

comme dans une boîte à musique

en un tour de passe-passe

tu franchis la passerelle qui mène à elles

et tu souris poète ravi

 

Vêtu de peaux de bêtes

un vieil homme inspiré

semble sortir tout droit

d’une forêt profonde

chamane traquant les courants telluriques

du centre-ville

illuminé de l’intérieur

il fend la foule du métro

on dirait qu’il sait quelque chose

qu’on lui aurait révélé en haut lieu 

sous le sceau du secret le plus absolu.

 

Tu marches vers la montagne

la sève du printemps tu l’entends dans les arbres

et dans les rires

un punk à la crête ondoyante

fume sur le trottoir

la cavalcade des Messagères du Temps

se déchaîne sur son visage

scarifié de piercings

vos regards se croisent 

De grands draps de lumière boréale

flottent sur la ville rouge

tu te loves poète

dans une délicate opération

tu synthonises

tu balances le son

ton corps le sait poète ton corps le sait

 

La rumeur qui monte de Montréal tourne

sept fois dans ta bouche poète

et tu te tais hiératique de vérité

nous entrons dans le fleuve mère

alertés par le nuage de smog

 

Montr
éale ville sauvage bilinguale

chante sa glossolalie

et tu l’entends poète tu l’entends 

 

Troubadoure d’armoure tremblante

Je chante

Une viole d’amour dans les bras

 

 

*Variante du 21 mars 2012

de «Fakirs urbains» L’armoure 

Écrits des Forges/Le Temps des Cerises

Montréal et Pantin (France), 2009, 83p.

 

Lue à l’édifice Gaston-Miron

du Conseil des arts de Montréal

dans le cadre de la lecture

21 poètes pour le 21e siècle

organisée par Claude Beausoleil

Poète de la Cité


 

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