
Dans le monde inversé de l’eau
10 Juin
LIMINAIRE
Ils viennent peut-être du futur de l’anthropocène
l’eau est assez rare pour qu’ils soient fascinés par cette rivière
nous ne sommes, nous, qu’au début de la sixième extinction
il fait déjà trop chaud pour la mi-septembre
cette année-là, il n’y aura pas d’été des Indiens
la rivière, étroite et sinueuse, se perd dans les hautes herbes
le niveau d’eau est bas
quand elle coule sur les roches qui affleurent
la rivière chantonne
c’est ce murmure de l’eau qui les a d’abord attirés
le son est rare dans le désert qu’ils traversent
ils sont trois peut-être, montés sur des chevaux
ils se sont arrêtés devant ce mirage
et je les vois, moi, dans le monde inversé de l’eau
Dans le monde inversé de l’eau (4)
25 Avr
En marchant dans le parc
une dame m’est apparue
dans l’asphalte mouillé d’un sentier
juste avant qu’il ne bifurque
elle avait le coeur en nuages
égratigné de branches
dans un rêve cette nuit-là
j’ai reçu dans l’œil droit
une branche de cette flaque
et j’ai vu mon double et moi
des fées jumelles, libellules humaines
nous conversions gaiement
comme des écolières
Un voyage dans le temps
27 Fév
Mes amis poètes et moi avions 30 ans au moment de la Nuit de la Poésie du 28 mars 1980. Nos lectures avaient été reléguées aux petites heures du matin: la salle s’était vidée et on nous avait dit qu’il ne restait plus de pellicule.
Coup de théâtre, 39 ans plus tard, Jean-Pierre Masse nous apprend que le cinéastes ont retrouvé des images à partir desquelles Jean-Claude Labrecque et lui-même ont réalisé une nouvelle version et nous invitaient à la première de leur «Chronique de la Nuit de la Poésie 1980» dans le cadre des Rendez-vous de Cinéma Québec 2019.
J’ai filmé avec mon téléphone ma courte lecture de « Wonder Woman » à partir du DVD qu’on nous a remis à l’issue de la projection et que j’ai fait jouer sur un vieux MacBook encore muni d’un lecteur.
Dans le monde inversé de l’eau (3)
15 Fév
Le kayak glisse sur l’eau du lac
traverse des nuages
pénètre le reflet du mont Kaikoop
masse silencieuse
puissance de pierre
bruissement d’arbres
et soudain les plumes noires
striées de blanc
d’un huard
il s’avance à mon rythme
sur le miroir de l’eau
me guide vers les profondeurs
de la montagne liquide
qui s’ouvre sous le coup de pagaie
tremblante, émue
troublée, secrète



