Épiphanies radieuses

15 Fév

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L’animateur de France Culture demande au chercheur en intelligence collective du cyberespace de prédire un des résultats possibles de la surlangue qu’il est en train de mettre au point avec des ingénieurs.

Le chercheur répond que comme Second Life met en communication des avatars représentant des personnes, il imagine un espace sémantique virtuel qui permettrait aux esprits de se rencontrer, dans leur dimension mentale et émotionnelle.

Isis essaie de réfléchir à ce à quoi ce métavers sémantique pourrait ressembler.

La veille, elle est justement retournée sur Second Life où elle n’avait pas remis les pieds depuis des mois.

Elle voulait enregistrer quelques uns de ses haïkus en anglais pour le Web et s’était rappelé que le jeune Allemand du Cercle qui parlait un anglais sans accent appris dans World of Warcraft et autres jeux vidéos interactifs avait justement cet après-midi là une session où on utilisait le chat vocal sur Second Life.

Il accepterait sans doute de l’aider à prononcer correctement ses haïkus.

Elle était d’abord allée marcher dans la tempête de neige avec Trésor d’amour, mais elle était rentrée à temps afin d’ajuster le fonctionnement du micro-casque, entreprise toujours assez délicate.

Il lui avait fallu ensuite mettre à jour sa plate-forme de visionnement qui ne supportait plus toutes les fonctionnalités de Second Life, mais elle avait regardé un vidéo pour apprendre à migrer d’une plate-forme à l’autre et ça s’était assez passé assez rondement.

Elle avait vite repéré dans son inventaire une robe en forme de fleur dont elle avait revêtu son avatar et, voyant que le ninja était déjà en ligne, lui avait demandé, via la messagerie privée s’il donnait toujours la session en chat vocal dans le pub du village de leur Cercle.

Il avait répondu que non, il n’animait plus cette session depuis plusieurs mois car elle était de moins en moins fréquentée et qu’il assistait désormais à cette heure-là à des réunions en allemand sur des questions politiques.

Il avait ajouté qu’il vivait maintenant en Suède, avec  sa copine suédoise et qu’ils avaient un bébé de trois mois.

Isis s’était réjouie de cette bonne nouvelle et lui avait appris qu’elle avait elle-même depuis peu deux petites-nièces et un petit-neveu et que c’était une grande source de joie.

Au coeur de leurs coeurs, des petits enfants cristal semaient désormais des éclats de lumière et ils en avaient conscience.

Le ninja n’est pas sur Twitter et la cinéaste de New Delhi dont Isis lit régulièrement le blogue ne fréquente pas Second Life, mais elle vit au quotidien dans la lumière de ses trois petites filles qui sont à l’âge béni où aucune d’entre elles ne porte désormais de couches et où pas une n’a encore de téléphone intelligent.

Isis essaie d’imaginer ce qui se passerait dans la sphère sémantique si le coeur de la cinéaste indienne, celui du ninja allemand et son propre coeur pouvaient entrer en résonance, partageant ainsi les éclats cristallins émis par les sept enfants auxquels ils sont reliés biologiquement.

Elle raconte laborieusement ce qu’elle tente de conceptualiser à Trésor d’amour et lui pose la question: qu’est-ce que ça pourrait changer si leurs trois coeurs reliés à ces sept petits coeurs pouvaient vibrer simultanément avec les coeurs de toutes les personnes dans le monde qui sont aussi reliées à ces nouveaux êtres humains qui s’incarnent pour apporter la paix?

Avec son remarquable esprit de synthèse, Trésor d’amour en arrive tout de suite à une conclusion évidente: on ne tolèrerait plus que des enfants sur Terre meurent de faim.

Isis en a les larmes aux yeux.

C’est vrai: on ne tolèrerait plus que les enfants manquent de quoi que ce soit, qu’ils soient maltraités, exploités, objets sexuels ou enfants-soldats, massacrés comme en Syrie, au travail comme en Asie.

Les algorithmes qui leur permettraient de se connecter dans le coeur planétaire ne sont pas encore écrits, mais c’est sans doute cela la « nouvelle civilisation qu’on ne peut pas encore imaginer et vers laquelle on se dirige »dont parle le chercheur.

Isis rêve que ses fractales romanesques puissent réverbérer dans l’esprit de ses lecteurs,  créant un hologramme virtuel qui permettrait de voyager dans l’esprit universel, cette substance éthérique qui enveloppe leurs neurones, active leurs synapses et dissout leurs croyances, constellant leur ciel mental d’épiphanies radieuses.

Chantier d’écriture de © La rose des temps

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