Chantier de préparation d’un manuscrit (6)

6 Jan

6- Lumière rose

Photo de Marie-France Gaouyer (Paris) @MFGaouyer

6 janvier 2015, 19h19

Au beau milieu du chapitre 3. C’est plus délicat…Il y est question de la bibliothèque akashique, ça demande beaucoup de nuances.

Chantier de préparation d’un manuscrit (5)

5 Jan

5-Chat

5 janvier 2015, 10h11

«Ce qui est lourd n’a pas d’avenir» écrit Christiane Singer. Inspirée par cette déclaration de l’auteure de Derniers fragments d’un long voyage, je relis la version papier des deux premiers chapitres de mon roman en éliminant tout ce qui subsiste de lourd. Je remplace un verbe qui revient trop souvent par d’autres verbes du même champ sémantique, je biffe quelques phrases, en reformule d’autres, vérifie sur ma tablette des noms propres et des détails, change le sexe d’un chat et d’un personnage anonyme, met quelques courts paragraphes au présent, ajoute un nom de lieu. C’est beaucoup mieux, beaucoup plus clair et le lecteur est entraîné dans un mouvement qui l’emporte irrésistiblement! Du moins je l’espère…

13h03

Je raconte au poète que j’avais écrit trois fois le mot «doucement» dans un même fragment. Il s’étonne de la synchronicité: dans le poème qu’il est en train de corriger, il a dû, lui, remplacer quatre fois le même mot: «doucement». L’année 2015 commence tout en douceur!

Chantier de préparation d’un manuscrit (4)

4 Jan

4- Rose lilas

4 janvier 2015 04h18

Dupliqué le manuscrit sur l’ordinateur et remplacé la version à jour dans le nuage. Noté de ne pas oublier de le faire après chaque séance de travail.

Mettre à jour mon logiciel de traitement de texte afin de pouvoir lire le manuscrit mis à jour sur tous mes appareils. En attendant, m’envoyer une copie du chapitre 2 mis à jour. Le télécharger dans Box. Me rendormir.

11h35

Relu le deuxième chapitre dans le nuage en prenant au lit mon petit-déjeuner de la Fête des Rois. Le poète me l’apporte avec la couronne en carton doré de la Reine dont je m’affuble pour lire le chapitre qui fait maintenant 17 pages et qui est bien meilleur depuis que j’ai sacrifié 25 autres pages, dont certaines reviendront peut-être ailleurs. Ou peut-être pas. Créé hier le dossier: «passages supprimés».

Je relirai plus tard la version papier du chapitre et corrigerai quelques détails. Mais je mets en ligne ce chantier tout de suite car, avec le verglas, on peut craindre une panne d’électricité. Et comme illustration, je choisis une rose tirant sur le lilas repérée sur mon fil Twitter car il est question du «rayon rose» dans ce chapitre 2.

Chantier de préparation d’un manuscrit (3)

3 Jan

3-Classeur

Samedi 3 janvier 2015, 19h52

Ajouté trois mots et supprimé trois autres mots quelques pages plus loin dans le premier chapitre.

Vérifié, dans tout le manuscrit, à l’aide de l’outil d’édition rechercher/remplacer, l’orthographe de deux noms propres. Ajouté trois majuscules manquantes.

Relu à l’écran le deuxième chapitre, et supprimé trois fragments (25 pages en tout). Corrigé quelques détails et supprimé la numérotation des fragments.

Imprimé la nouvelle version de ce chapitre, l’ai glissée dans une section de la chemise fuchsia que j’ai ensuite rangée dans le septième tiroir du classeur où j’ai remis de l’ordre hier.

Chantier de préparation d’un manuscrit (2)

2 Jan

Arbre déployé (2)

Vendredi 2 janvier 2015, 12h55

Après une promenade d’une heure au soleil en longeant la rivière des Prairies, j’ai un moment de panique à l’idée d’entamer la version finale du premier chapitre que je considère pourtant comme terminé depuis des mois. Je ne trouve plus la table des matières imprimée fin novembre en même temps que la dernière version du manuscrit. J’envisage un instant de remettre de l’ordre avant de commencer, mais je devine que c’est de la procrastination et je me lance, remettant le ménage des tiroirs de mes classeurs à plus tard cet après-midi. Devant le grand écran de mon ordinateur de bureau, je retrouve vite ma concentration. Je reporte les corrections du manuscrit annoté et je me décide enfin à laisser aller la structure des fragments numérotés de 0 à 21 comme dans les arcanes du Tarot dont je me suis servie pendant le processus d’écriture du livre. À mesure que je supprime la numérotation, je découvre que je peux désormais créer des subdivisions aux fragments qui s’étalent sur plusieurs pages, ce qui facilite la lecture. 
Comme je le savais déjà, le premier chapitre est bel et bien terminé. Je biffe à peine quelques phrases et je réussis à compléter le travail en fin de matinée. J’imprime la nouvelle version de 24 pages du chapitre UN que je glisse dans la première section d’une chemise fuchsia à compartiments multiples. Je consacrerai le reste de l’après-midi à l’organisation des tiroirs.

Mon roman n’est encore qu’un arbre nu se déployant sur le ciel bleu de l’hiver 2015.

Chantier de préparation d’un manuscrit (1)

1 Jan

Vert lime (1) Grande

Jeudi 1er janvier 2015, 14h38

L’intuition qu’il manquait une dimension à mon roman sur le Temps a surgi il y a quelques jours, juste avant que je ne sombre dans le sommeil. Levée dès l’aube le lendemain, j’ai rapidement griffonné une première version d’un prologue sur une des ces feuilles volantes vert lime que j’utilise depuis peu pour me repérer dans mes notes. J’ai glissé cette feuille dans le tiroir d’un classeur, et je me suis aussitôt affairée à préparer le brunch pour les dix-sept invités de ma famille que nous recevions ce jour-là. Cinq d’entre eux, âgés de moins de quatre ans, sont d’ailleurs parmi les dédicataires de ce roman. En quelques heures, les petits avaient créé une tempête d’amour dans tout l’appartement.

Ce n’est que ce matin que je me suis souvenue du prologue. Alors qu’on traînait encore en pyjama dans le salon en cette journée de poudrerie, j’ai lu le texte au poète. J’ai vu tout de suite à sa réaction que ce n’était pas tout à fait ça. J’ai lu et relu à haute voix les vingt-deux lignes manuscrites du prologue, inversant des phrases, changeant quelques mots, biffant toute une subordonnée, ajoutant un «néanmoins» qui fait toute la différence. Le poète approuvait, chipotait un peu, me gagnait à son point de vue ou se rangeait au mien. Au bout d’une heure, ça y était. J’ai créé une nouvelle version de 471 pages de mon manuscrit en date d’aujourd’hui, version à laquelle j’ai ajouté ce prologue d’une douzaine de lignes en Helvetica 14 avant d’aller marcher dans la poudrerie. Je mets ce premier fragment de mon chantier de préparation d’un manuscrit en ligne juste avant qu’on ne débouche le champagne pour célébrer 2015.

Elle raconte une histoire

26 Nov

Rodin_Danseuse_au_voiles_1b

pour Dorotea Pok 

Elle danse les bras nus

Et sa peau devient rouge

Chamane en transe

Ses longs cheveux balaient l’air

Elle voyage, femme-corneille

Au-delà de ce monde

Dans le mystère de ses cellules

Légères comme des bulles

Éclats sonores

En mouvement dans le temps

Elle déploie ses identités

Les secoue comme de vieilles poupées

Lâche du lest et remonte, aérienne

Dessiner des arabesques et des paraboles

Elle raconte une histoire

Et spirale dans l’espace

Saute par-dessus le mur de la lumière

Tourbillonne, irréversible

Créant la vie, mère tellurique

Berçant l’univers dans son ventre

Et l’humanité sur son sein cosmique

Belle, intensément belle

Montréal Kerouac Blues

5 Août

Sur la route des mots au FestiBlues J’y lirai une traduction que j’ai faite d’un extrait de Baby Driver, un roman fascinant publié en 1981 par Jan Kerouac, la fille de Jack Kerouac.Affiche Kerouac

Le geai bleu

19 Juin

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Ils sont dans la balançoire, son frère de Terre-Neuve, sa belle-soeur, Trésor d’amour et Rose.

C’est à l’approche du solstice d’été, un peu plus d’un an après la mort de papa et il flotte dans l’air l’odeur sucrée du chèvrefeuille.

La maison familiale a été vendue, mais le voisin d’en bas leur a proposé de descendre dans la cour après le brunch pour profiter de la belle journée.

La vieille balançoire a été repeinte en turquoise et il y a maintenant un petit jardin potager à côté des pivoines de maman.

Les autres invités viennent juste de partir: les rires d’enfants se sont éteints, les comptines se sont tues. Il est près de six heures du soir, mais la fête s’étire encore un peu, sur un ton plus intime. On évoque l’émotion au moment de pénétrer au rez-de-chaussée du duplex, quand le voisin les invite à venir voir les transformations qu’il a faites, disant qu’il sait que cette maison est pleine de souvenirs pour eux.

Des décennies de Jours de l’An leur reviennent en déambulant à travers la cuisine, le salon, la salle à manger: des anniversaires, des fêtes de Pâques et des repas d’Actions de Grâce, l’arrivée des petits-enfants maintenant devenus grands et qui sont venus cet après-midi avec les arrière-petits-enfants qui n’auront que peu ou pas connu leur arrière-grand-père, pas du tout leur arrière-grand-mère. La petite dernière, née une semaine plus tôt, porte son beau prénom à sa mémoire.

L’enfant et ses parents ne pouvaient pas voyager si tôt après la naissance, mais les invités ont pu la voir ouvrir les yeux et remuer ses doigts de fée par la magie de Skype au cours de l’après-midi.

Il y a bien une autre absente, mais Rose vit maintenant presque en paix avec la fracture entre elle et sa jumelle.

Personne n’y a fait la moindre allusion, sauf le voisin qui a demandé tout à coup, après qu’elle lui ait présenté ses frères: «Il n’y avait pas un quatrième enfant?»

Une ombre était passée, plombant un peu l’instant, mais ils n’avaient qu’acquiescé tous les trois, sans expliquer quoi que ce soit. Le voisin avait senti le malaise et avait rapidement esquivé le sujet.

Tout ça est oublié au moment où ils se racontent leurs projets de voyages en se berçant dans la balançoire dans laquelle Rose a été courtisée quand elle avait dix-sept ans. Elle dit que papa serait ravi par celui qui occupe sa maison, son garage et son atelier: l’homme est aussi méticuleux que lui et les outils et les vis rangés avec grand soin.

Au moment où son frère évoque leur futur périple en Irlande, en Écosse et en Angleterre jusqu’au petit village d’où la famille de sa femme est originaire, Rose aperçoit un geai bleu perché dans l’arbre planté par le père de leur père quand la famille s’est installée  dans cette maison d’Ahuntsic.

C’est un immense érable dont la ramure crée une ombre délicieuse dans la balançoire par les chaudes journées d’été. L’oiseau s’est perché sur une des branches les plus basses, comme pour écouter leur conversation.

Trésor d’amour vient justement de parler des oiseaux auxquels papa donnait toujours ses croûtes de pain et précisé qu’ils voient beaucoup moins de geais bleus depuis sa mort.

Une pensée la traverse et Rose déclare en souriant: «On dirait bien papa revenu nous dire bonjour».

Les hommes ne disent rien. Sa belle-soeur, aux origines indubitablement celtiques, observe l’oiseau, le regard soudain rêveur et vaguement embué de larmes,  avant de hocher la tête en signe d’approbation.

©La rose des temps 2014

 

La force de l’eau

4 Mai

image

Trois minuscules fées
Battent des ailes
Entre les feuilles d’une plante
Un rayon violet coule
Du sommet de ta tête à ta main
Et ton sang pétille, effervescent
Jusque dans les hélices de l’ADN
Qui captent l’énergie libre
Fusant en paillettes d’or
Comme une rivière au printemps
La force de l’eau te renverse
Et tu disparais
Dans un grand silence
Un silence si profond
Que tu bascules dans le temps
Dans l’espace de la blessure
La pluie éclate sur les vitres
Fracassant le temps
Et ton coeur éclate
Poète, ton coeur éclate
En mille éclats de glace