Chantier de préparation d’un manuscrit (25)

25 Jan

25- Nouveau-né

25 janvier 2015, 05h43

Depuis une heure déjà, je travaille à ce nouveau fragment d’ouverture commencé hier, fascinée par le processus d’incubation dans l’inconscient qui m’y a conduite. Je continuerais pendant des heures, mais ce n’est pas raisonnable. Je retourne à mes rêves.

12h17

Je crois bien que c’est au printemps dernier, au retour d’un séjour d’un mois à Paris que j’ai eu cette idée pour le fragment d’ouverture du livre. J’en avais discuté avec le poète, mais, occupée à autre chose, j’avais laissé le projet s’estomper. Le fragment s’insère entre un court prologue et l’ancien fragment initial.

13h30

J’ajoute une phrase au nouveau fragment initial et je lis au poète les trois premiers fragments à la suite. Ça fait à peine une page et demie, mais ça oriente tout le roman. Les trois fragments résonnent dans toute la structure du livre: j’en entends presque la musique!

22h47

Après une longue journée dans la famille du poète rassemblée autour d’un nouveau-né de cinq semaines absolument craquant, je révise le fragment, je l’insère dans le manuscrit, je mets cette version modifiée dans le nuage et je transcris dans un dossier à part mes notes de ce matin au sujet du fragment final qui reprendra des motifs de ce fragment initial, faisant ainsi vibrer toute la partition musicale du livre.

Chantier de préparation d’un manuscrit (24)

24 Jan

24-Mandelbrot

24 janvier 2015, 11h29

J’ouvre mon document, en espérant pouvoir me rendre au cinquantième fragment aujourd’hui.

12h32

J’en suis au cinquante-sixième fragment des quatre-vingt-dix-neuf du chapitre sept. L’essentiel de mes corrections consiste à mettre les verbes au présent. J’ai écarté un court passage que je réutiliserai peut-être ailleurs.

Bon ça suffit, j’élimine le clavier espagnol, c’est agaçant à la fin…

13h42

Discussion avec le poète au sujet de l’article du Devoir d’aujourd’hui sur le livre d’une triste essayiste qui fait un constat navrant sur l’incapacité des romans québécois des années 50 aux années 80 à traverser les frontières:

«Tous les grands romans racontent une aventure, lancent dans le monde des personnages qui en rapportent une perception ou une compréhension nouvelle par laquelle ce monde, par la suite, ne peut plus être vu de la même façon. […] Or, dans le cas du roman québécois, aucune question, aucun événement n’ébranle assez le monde où vivent les personnages pour leur offrir, au sens fort du terme, une aventure.»

On se demande dans quel monde elle vit pour trouver que le Québec est dans une situation idyllique…

De fil en aiguille, j’en viens à l’ouverture du roman que je suis en train de terminer et soudain, me revient une idée que j’ai eue des mois plus tôt et que j’ai oubliée depuis. Inspirée, je griffonne dans mon cahier de corrections pendant que le poète me prépare un thé.

J’écris une phrase, puis deux. Je les lis à haute voix. Le poète suggère un nom de lieu que j’ajoute, je lui relis le passage et continue le paragraphe jusqu’à ce que je bloque sur un mot.

N’empêche, j’ai le sentiment d’être en train d’opérer un saut quantique. Le poète dit qu’il en a des frissons.

15h00

«De petites altérations dans les conditions initiales provoquent de profondes altérations dans le résultat final». C’est dans La formule de Dieu, best-seller de Jose Rodrigues Dos Santos que ma belle-soeur m’a offert à Noël. Je sens que la théorie du chaos va m’aider à finir mon livre éparpillé en mille fragments.

15h44

Silhouette noire estompée dans un camaïeu de tons moroses. Voilà, j’ai déverrouillé la phrase bloquée, mais je devrai remettre à plus tard le déploiement de ce fragment initial.

Chantier de préparation d’un manuscrit (23)

23 Jan

23- Encore un peu de lumière

23 janvier 2015 15h07

Je suis devant la muraille noire du doute.

Je m’en aperçois à ma lenteur à me mettre au travail et à l’erreur que je viens de commettre: supprimer deux fragments avant de les avoir copiés dans un autre dossier pour éventuellement les utiliser ailleurs. Au cours de la manoeuvre du copier/coller, j’ai perdu un des fragments. Pas moyen de le retrouver dans Time Machine non plus. Heureusement, j’en ai une copie dans le nuage, mais ouf! Que de perte de temps.

15h18

En fait, l’erreur était bien pire…J’avais déjà supprimé les deux derniers fragments: c’étaient ceux du chapitre précédent. J’ai rétabli sans trop de difficulté, et là je me retrouve avec deux versions du manuscrit sur mon écran. Je ne sais plus laquelle est la bonne…C’est vraiment la muraille noire. Je conserve la copie au cas, mais je la range ailleurs…

15h36

Je viens de résoudre en un rien de temps un problème de structure que je croyais presque insurmontable. En vérifiant quelque chose sur Internet, je m’aperçois que je suis passée en clavier espagnol. Je l’utilise bien peu souvent et je devrais le désactiver dans mes réglages, mais bon, ça va encore m’éloigner de mes fragments. J’y retourne.

17h31

Brève promenade jusqu’au parc. Il fait quand même froid, mais il y a encore de la lumière dans le ciel à cinq heures moins quart.

20h17 Corrigé jusqu’au quarante-quatrième fragment sur quatre-vingt-dix-neuf. Ça se passe bien, mais je m’arrête.

Chantier de préparation d’un manuscrit (22)

22 Jan

22-La muraille noire des nomades

La muraille noire des nomades

22 janvier 2015, 17h47

Relu hier jusqu’au  soixante-et-onzième fragment de la série des quatre-vingt-dix-neuf. Je reprends ma lecture cet après-midi après une promenade près de la rivière. Passée à la librairie pour acheter des livres pour contribuer à la bibliothèque d’un nouveau-né, j’aperçois un exemplaire du dernier Houellebecq. Il n’en reste que deux exemplaires. Je me le procure tout de suite.

Je poursuis la lecture de mon livre jusqu’à la fin. Je repère des torsades subtiles, mais il vaut mieux les peaufiner encore un peu. Je dois trouver une nouvelle stratégie pour modifier un des chapitres qui détonne, supprimer beaucoup de passages, en réécrire d’autres. J’ai pris quelques notes, pas beaucoup. Il me faudra tout relire à l’écran et modifier à mesure. Et puis, je le constate: le roman n’est pas tout à fait fini. Puisse la chouette de cet hiver glacial m’inspirer la suite!

20h39

Un des fragments revient trois fois. Je n’arrive pas à trouver sa juste place dans l’ensemble. Il me faudra choisir dans quel chapitre il est le plus pertinent.

22h45

Curieusement j’ai photographié un muret ce matin qui évoque le fragment: «La muraille noire des nomades», très court fragment qui opère un tournant important dans le roman où on trouve cette phrase énigmatique: « Pour reprendre son souffle, pour se protéger des hordes de l’invisible?»

Chouette!

22 Jan

Chouette.cc photo nicolas— gent

Nous étions 17 hier au cercle chamanique animé par la chamane Loumitea Gauthier: http://lamessageredevie.com

C’était une chouette soirée! Avec nos tambours et nos hochets, nos chants et nos danses, nous avons voyagé à la rencontre de l’esprit de la chouette. Animal du Nord de la roue de médecine, totem de l’hiver, de la nuit et de la sagesse, la chouette est venue vers nous.

J’ai écrit ce poème pour tenter de rapporter non seulement mon propre voyage, mais celui des autres participants tel qu’ils l’ont raconté dans le cercle de paroles.

Chouette!

                         à Loumitea,

Je suis le harfang des neiges, le hibou, la chouette
je suis l’esprit du froid
et de la grande clarté
l’esprit de la nuit
j’adoucis les angles

Je suis le grand protecteur
aux ailes immenses

J’ai l’habilité de voyager
le courage, la persévérance et la patience

Je suis le voyant
celui qui voit les choses cachées
j’éclaire les consciences
je suis le gardien
je veille dans la nuit

Je m’envole
je suis la chouette
secrète, discrète
celle qui attend dans le noir
enveloppée dans ses ailes
repliée
et prête à agir
par surprise

Mes ailes sont si douces
qu’on ne m’entend pas arriver

Dans mon vol silencieux
je chasse les ombres
qui dansent sous ton crâne
et dévorent ton coeur
c’est une grande guérison

Ma tête tourne et tourne et tourne
et j’entends tout
les plus petits craquements
les froissements
le vent des ténèbres

Je voyage dans tes trous de mémoire
et dans le cri de ralliement des chats-huants

Je suis la chouette bleue de minuit
je suis l’ADN du nouveau monde
et je rêve ce monde
en laissant monter
dans la noire nuit de ce temps
le chant de mon âme

Chantier de préparation d’un manuscrit (21)

21 Jan

21-Zéro

21 janvier 2015, 10h12

Suis revenue à la numérotation originale des fragments du chapitre sept, de 0 à 99.  Relu et corrigé de nouveau les vingt-cinq fragments révisés hier. Je relirai l’ensemble des quatre-vingt-dix-neuf aujourd’hui sur ma tablette au cours de mes déplacements.

Chantier de préparation d’un manuscrit (20)

20 Jan

20-Profil

20 janvier 2015, 8h52

De la matrice des images, des histoires et des personnages émergent des projets de livres, parfois très longtemps avant qu’ils ne se concrétisent. Le titre du roman que je suis en train d’écrire a surgi dans La vie en prose que j’ai publié en 1980! Il y a une légère variante dans l’expression: un «le»est devenu un «la», mais sinon, le syntagme est intact.

À chaque livre, l’inspiration surgit de façon différente. Je n’ai jamais pris le temps de vraiment m’y arrêter, mais ça ferait un court essai intéressant. Je dis «court», parce que j’ai tendance à faire court après un roman de plusieurs  centaines de pages auquel je me suis consacrée pendant des années.

Un des indices que le livre touche à sa fin, c’est que le prochain livre commence à se frayer un chemin en moi. J’étais en train de corriger les épreuves finales Des petits fruits rouges (2001) quand j’ai aperçu, à la terrasse d’un café du centre-ville, une jeune femme qui allait m’inspirer l’héroïne de La déferlante d’Amsterdam qui était, à l’origine, un projet de recueil de poésie que j’allais écrire au Studio du Québec à Amsterdam à l’hiver 2002.

À l’aube ce matin, dans un état hypnagogique où je voguais encore entre les vagues du sommeil et une amorce de retour à cette dimension, un nom  a d’abord surgi. Un nom en français, mais pas tout à fait réaliste, une sorte de nom de scène. Et peu à peu, a émergé de l’ombre, tout un personnage. Je le voyais physiquement, avec son caractère, son background, son bagout. Et, peut-être, vaguement, son histoire. Ça c’est bien rare que je sais avant de commencer, mais je vois une ambiance, un décor, une petite société autour du personnage.

Je le laisse se développer dans son cocon, pendant que je vais m’occuper de mettre au monde le roman auquel je travaille depuis maintenant six ans.

9h33

Je corrige le septième fragment du septième chapitre qui en compte quatre-vingt-dix-neuf.

11h48

Je sors du mode plein écran pour vérifier la numérotation des fragments que j’ai légèrement modifiée. Ce septième chapitre, écrit en période de deuil, déborde d’ombres. Je supprime beaucoup de passages.

15h05

De retour d’une promenade dans le parc—le bord de la rivière aurait été glacial, il fait autour de -20. Je téléphone à ma marraine qui m’a envoyé un courriel pour me dire qu’elle a besoin d’aide pour accéder à un site avec sa tablette électronique, puis je retournerai à mes fragments.

17h01

Après quelques échanges sur le temps des Fêtes, on est entrées, ma marraine et moi, au coeur du problème. Le charmant site de TOUT.TV. Et ce n’est pas la première fois. Au bout de deux heures, elle a réussi à obtenir un mot de passe temporaire, puis à le modifier dans ses paramètres. Elle n’y voit plus très bien et les mots de passe temporaires ne sont pas évidents. Une fois connectée, elle n’arrivait pas à retrouver l’émission qu’elle a manquée, mais elle va finir par la retrouver m’a-t-elle dit, confiante. On a bien hâte que les Webmestres du site simplifient un peu les choses…

Je reviens enfin à mon roman et à ses fragments, un peu bouleversée d’avoir senti son désarroi devant le Temps. C’est, après tout, le sujet de mon livre.

Chantier de préparation d’un manuscrit (19)

19 Jan

19- Livre des Merveilles

19 janvier 2015,13h33

Je commence à rentrer les corrections notées hier dans un carnet en lisant à la suite les chapitres un à cinq. Je programme le minuteur pour dans quarante minutes, question de ne pas oublier de bouger. Même si j’ai marché une heure ce matin au soleil sur les berges de la rivière des Prairies — il faisait si doux que j’ai fini par enlever tuque et mitaines— je me sens vraiment mieux quand je ne reste pas assise pendant des heures.

14h24

Quand le minuteur retentit, je vais chercher le poète dans son bureau pour l’entraîner pendant cinq minutes dans une valse de Strauss à travers l’appartement. Je l’arrache à la préparation de sa chronique pour MAtv au sujet de l’anthologie de la poésie de Michel Houellebecq. Il neige dans toutes les fenêtres.

Je retourne à mes corrections et je programme de nouveau le minuteur. Je constate que j’ai corrigé le chapitre six—qui fait maintenant partie du chapitre cinq— avant de corriger le chapitre cinq proprement dit.

15h02

Je m’arrête pour noter à quel point j’apprécie ma mini-tablette pour les corrections. Plus besoin de lourds dictionnaires. Je consulte le portail lexical du CNRS en ligne, je me contente de taper un nombre dans Google si je ne sais plus l’écrire en toutes lettes, je peux découvrir en un clic que oui, les ninjas sont toujours vêtus de noir etc…C’est encore mieux que Le Livre des Merveilles de Marco Polo!

15h32

Le poète me fait sursauter en m’interpellant pour me poser une question alors que je suis concentrée sur des changements de temps de verbes. On fait nos étirements sur une musique de raï. Il a recommencé à neiger.

16h42

Je reprends mes corrections après un petit quatre heures. Le poète m’a préparé un chocolat chaud et me raconte des potins littéraires. Il retourne lui aussi à ses travaux. La neige a cessé, la nuit commence à tomber.

J’espère avoir le temps d’aborder le prochain chapitre. Il fait une centaine de pages de fragments d’inégale longueur. Il va falloir le segmenter en trois ou quatre chapitres.

20h09

Je suis assez peu avancée dans le sixième chapitre, mais j’ai quand même renoncé à le segmenter. Pour l’instant, je conserve même la numérotation de chacun des fragments. C’est écrit dans un style un peu différent du reste: je rétablis la continuité avec les chapitres précédents.

Chantier de préparation d’un manuscrit (18)

18 Jan

18-Miron

18 janvier, 9h32

Trouvé un autre titre pour un des fragments du chapitre cinq afin d’éviter que le titre du chapitre ne reprenne le titre d’un des fragments.

Problème technique avec la souris de l’ordinateur qui ne me permet pas de remonter facilement dans le manuscrit, seulement de le dérouler lentement. Le problème ne date pas d’hier, mais je n’ai jamais pris le temps de le résoudre. Or, quand on corrige, on a aussi souvent besoin de remonter que de redescendre…Je contourne parfois la difficulté en utilisant la fonction «rechercher», mais ça manque de finesse. Je m’aperçois que je n’ai pas ce problème dans des manuscrits moins lourds. Le mieux, c’est sans doute de circuler par les vignettes de page, mais il devient alors impossible de travailler en plein écran.

16h35

Après une matinée fort occupée et un long courriel à une amie, je retourne enfin à mon manuscrit.

19h52

Relu les cinq premiers chapitres sur ma tablette, en prenant des notes. Tout va bien. Quelques corrections mineures tout au plus. Deux fragments à déplacer et des verbes à mettre au présent.

21h55

Regardé un documentaire sur Gaston Miron. Pas très bon, mais c’est toujours émouvant d’entendre le poète et de le revoir à différentes périodes de sa vie, ses façons de bouger, de rire et de chanter. Quand Miron chante, c’est toute sa poésie vivante. Il nous manque.

On peut voir le documentaire en ligne:http://t.co/LAFlp7qDZr

Chantier de préparation d’un manuscrit (17)

17 Jan

17- Gris

17 janvier 2015, 15h15

De retour d’une longue promenade dans le gris humide et le froid, après une matinée paresseuse: petit-déjeuner au lit et lecture des journaux en ligne.  Dix-sept jours de suite que je travaille à ce chantier.

Retrouvé ce midi un fragment dans une ancienne version de 2012, fragment que je veux réintroduire dans le chapitre cinq. J’en cherchais un autre, un passage hautement comique et irrévérencieux, mais le poète me déconseille d’y revenir, pour des raisons auxquelles je me range rapidement.

C’est assez troublant de constater au passage que des fragments écrits il  y a trois ans et complètement supprimés l’an dernier, se retrouvent dans la version finale. Cette valse-hésitation en dit long sur le flou dans lequel se trouve encore le roman…

Après une tisane réconfortante aux épices, on retournera à nos travaux de bénédictins.

Me suis rappelé l’échéance du poème écrit en collaboration avec l’artiste serbe ( qui, lui, a créé une gravure). J’en ai fait une première version en anglais—il ne parle pas français—, mais le livre sera publié dans cette langue. La version du poème en français n’est pas tout à fait terminée, mais je vais m’y consacrer un autre jour. L’éditrice est encore en vacances, je lui enverrai un mot lundi.

L’héroïne, qui a changé moultes fois de nom, porte un de ses anciens noms dans le passage récupéré: ça fait étrange mais ça me conforte dans mon choix.

C’est le chapitre dans lequel j’évoque ceci: http://vimeo.com/user5983797/vivian-at-occupymontreal-on-111111

19h11

Un peu avant 17h00, je n’ai pas tout à fait fini, mais je me rappelle que c’est l’heure de la réunion d’un groupe virtuel du métavers que je ne fréquente presque plus faute de temps et que j’appelle «les Explorateurs du Temps» dans le roman. J’y fais un saut, heureuse de retrouver huit collègues un peu perdus de vue depuis des mois, sinon des années. On organise une lecture de poésie (en anglais, c’est un groupe international) pour célébrer, début avril, le septième anniversaire de ce groupe de réflexion.